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  • Aurélie

Des nouvelles de Séverine L. : insémination, FIV, don d'ovocytes... elle nous raconte tout !


Après avoir eu facilement leur petite Joséphine, Séverine et son mari sont confrontés à une infertilité secondaire inexpliquée lorsqu'ils décident d'agrandir leur famille. Ils commencent les traitements de PMA par des inséminations artificielles et si la 2ème tentative aboutit elle se termine en fausse-couche. Après une première FIV transformée en insémination car la stimulation n'a pas été suffisante, aucun blastocyste n'est obtenu lors de leur 2ème essai, 3 embryons sont obtenus à J3 lors de la tentative suivante mais chaque transfert est négatif. Après une longue pause, ils décident de changer de centre PMA pour un médecin spécialisé à Paris. Il leur fait faire de nouveaux tests qui ne détectent rien de nouveau. Il leur propose alors 3 inséminations sur cycles naturels mais malheureusement aucun n'aboutit.


En février tu expliquais sur le podcast que tu devais repartir pour une 4ème et dernière insémination artificielle et que tu souhaitais cette fois faire une insémination sous stimulation et non sur cycle naturel comme les 3 précédentes. Est-ce que tu as pu faire cette insémination ?


Oui, j'ai l'impression que ce mois de février était il y a une éternité, même si c'était il y a seulement 9 mois !

Entre temps j'ai vécu un premier confinement avec ma fille de 5,5 ans H24 que j'ai adoré et que je referai avec grand plaisir... Mon mari étant médecin nous ne l'avons quasiment pas vu pendant 2 mois, il nous a manqué et même si je croulais sous le boulot à la maison (entre la direction de mon école et ma classe à distance) j'ai beaucoup aimé cette période privilégiée avec Joséphine et je pense qu'elle aussi.

A part ça, le confinement a été annoncé quand je venais de commencer mes piqûres de stimulation pour notre dernière insémination. Je n'ai pas vécu cette annonce comme un échec, je me suis dit que ce n'était que partie remise, que nous n'étions plus à quelques mois près. Évidemment il n'était pas question pour nous d'aller à Paris en plein confinement, j'ai continué mes piqûres avec accord de mon médecin, j'ai fait des contrôles échographiques et prises de sang sur Poitiers, puis au bon moment nous avons eu des rapports programmés. Bien sûr pas de grossesse...


Le confinement est passé et j'ai pris rendez vous au centre de PMA de Tours, ils sont très bien classés nationalement et pour faire une FIV je me disais que ce serait plus simple à 1h de chez moi en voiture plutôt qu'en train avec les aléas liés au virus. Le centre de Tours nous a rappelés dès la réouverture et nous avons fait tous nos rendez vous en visio. J'ai du faire une hystéroscopie en juillet qui n'a rien révélé, ainsi qu'une biopsie de l'endomètre (examens que je n'avais jamais réalisés) puis, avec tous les examens que nous avions déjà passés, ils n'avaient pas besoin de nous revoir et nous pourrions faire une FIV en septembre.

J'ai donc pris la pilule puis commencé les piqûres en août sur mon lieu de vacances. J'ai passé des échos et fait des prises de sang sur tous mes lieux de vacances!!! (Belle galère, mais il ne serait pas dit que la PMA me gâcherait les vacances!!) La ponction a pu avoir lieu le jour de la rentrée des classes... Étant enseignante, directrice de mon école et maman d'une petite fille qui entrait en CE1 en sautant le CP c'était légèrement inadapté comme date!! Mais rien ne peut se prévoir en PMA. Nous avons fait garder Joséphine par des amis qui l'ont accompagnée pour sa rentrée, et nous nous sommes réservés un bel hôtel et un bon restaurant à Tours la veille de la ponction. Tant qu'à faire!!


La ponction s'est très bien passée sous anesthésie locale mais sans douleur grâce aux sédatifs. Ils ont ponctionné 7 follicules (comme il y a 4 ans, au moins ma réserve ovarienne n'avait pas bougé) qui ont tous fécondés. A J3 il en restait 4 mais la biologiste que j'ai un peu questionnée avait un air pessimiste tout en tentant de me faire garder espoir, pour ne pas être celle qui annonce la mauvaise nouvelle. Je ne connais que trop bien cet air là et c'est ce jour-là que j'ai compris que je n'aurai pas de transfert... En effet à J5 il en restait un qu'ils ont poussé jusqu'à J6 et à J6 plus rien.

A Tours, pour des cas comme celui-ci, avec ponction mais sans transfert on doit changer de médecin. Nous avions donc rendez vous avec la ponte du centre de Tours 15 jours plus tard. (Délai tout à fait acceptable pour un centre de PMA public). Ces 15 jours m'ont permis de réfléchir, je me suis beaucoup questionnée sur ce qu'ils pourraient nous proposer alors que cela faisait 5 ans que nous attendions. J'ai fait le rapprochement avec notre tentative de FIV à Poitiers 4 ans plus tôt qui s'était soldée par le même échec, avec notre unique FIV avec transfert où on n'avait pu me transférer que des J3, certes de bonne qualité mais pas des J5... J'étais intimement persuadée que nos interminables échecs venaient de là, que malgré tous les tests qui révélaient que "tout allait bien" chez chacun de nous, mon soucis était celui-ci. Je savais que la France ne faisait pas de recherche sur les embryons.

J'ai donc commencé à me renseigner sur le don d'ovocytes, toute seule dans mon coin, j'ai envoyé quelques mails, écouté des podcasts... Je pense qu'à ce moment là le chemin parcouru en PMA avait été tellement long que ma réflexion s'était faite petit à petit.


La médecin de ton centre PMA était très pessimiste sur tes chances de réussite d'une FIV supplémentaire, comment as-tu vécu cette annonce ?


A Tours, c'est donc une nouvelle médecin qui nous a accueillis aux alentours du 15 septembre. Elle a commencé par reprendre notre dossier et a été très claire avec nous. Nous pouvions refaire une tentative de FIV, mais le traitement que j'avais pris était déjà le plus dosé possible et la commission du centre était pessimiste sur nos meilleures chances de réussites. Elle prenait des pincettes pour nous dire cela, mais j'étais déjà très au clair sur la question (mon mari l'était moins!!).


J'ai dis tout de suite que je ne voulais pas recommencer ces traitements, c'était la quatrième fois dans ma vie où je me piquais pour rien du tout, (1ère tentative de FIV pas assez stimulée et 1 ponction sans transfert à Poitiers, 1 tentative avortée à Paris, et celle-ci à Tours... j’étais plus que découragée, j'en avais marre des échecs, je voulais de l'optimisme et de l'espoir!!! Mon mari s'est plié à mon avis, il me suivrait quoi que je décide.

Elle nous a alors parlé de l'adoption ou du don d'ovocytes...


Au début de ton parcours PMA, tu n'envisageais pas de passer par un don d'ovocytes, qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?


En effet je me souviens encore du moment en juillet 2019 où j'ai reçu pour la première fois les résultats de mon AMH qui étaient catastrophiques (avant que mon médecin me dise qu'une AMH seule n'avait aucune valeur). J'ai passé un mois avec ce résultat sans voir de médecin et j'ai dit à mon mari que je pensais que notre seule solution serait le don d'ovocytes et qu'il en était hors de question!! Nous avions déjà Joséphine, je ne voulais pas un enfant qui ne serait pas le mien génétiquement, je pensais me satisfaire de la vie que nous avions tous les 3.


Seulement voilà, mon désir de famille nombreuse ne s'est pas estompé avec le temps. Nos différents voyages à l'étranger m'ont ouverte au monde et à la différence. Je pense que je suis plus tolérante et que j'accepte mieux les différents parcours possibles pour être mère. Ma fille qui a 6 ans ressemble comme deux gouttes d'eau à son papa, elle n'a rien de moi et pourtant elle est bien issue de mes gènes. J'ai aussi questionné mon rapport à la maternité et j'en ai beaucoup parlé avec ma psychologue. J'ai commencé à aimer Joséphine dès le jour de l'accouchement, instantanément, quelques soient ses caractéristiques physiques. Je pense que si le don fonctionne, le fait de porter mon bébé et de lui donner la vie me donnera le même lien avec lui que celui que j'ai avec ma fille, et même si ce ne sont pas mes gènes.


Aujourd'hui je te dirai que je suis encore contre l'adoption pour nous, mais sait-on jamais, je serais moins catégorique cette fois ci...

Comment s'est fait le choix de l'Espagne pour le don d'ovocytes ? Est-ce que ton centre de PMA à Tours t'a proposé de le faire en France ?

Nous nous sommes tournés vers l'Espagne car c'est le centre de Tours qui nous a conseillé cette clinique à Bilbao. Nous avons décidé de leur faire confiance. Nous sommes quand même inscrits sur la liste d'attente pour le centre de don de Tours mais les délais sont de 3 ans en moyenne...


Nous avons eu quelques rendez vous en visio, encore d'autres examens où on nous a encore proposé de faire une FIV normale et que j'ai encore refusé. Je veux maintenant me tourner vers une solution qui me donnera de l’espoir. J'y crois et je pense que finalement depuis le début je n'ai jamais cru à la PMA en France. Notre petite Joséphine était un cadeau du ciel qui nous a permis de tenir dans ces longues années d'attente pour agrandir notre famille.


Aujourd'hui, au moment où j'écris, ma donneuse a commencé sa stimulation et nous devrions partir pour l’Espagne la semaine prochaine. Je mets bien cela au conditionnel car ce parcours est encore plus compliqué que la PMA en France, une tierce personne entre en ligne de compte maintenant...


Si proche de l'échéance, la peur de l'échec est revenue, je me demande si nous ne ferions pas mieux de ne rien tenter pour ne pas être encore déçus et retomber dans cette spirale infernale de tristesse et de déception. Finalement nous sommes si bien tous les 3 !

Mais nous tenons bon, qui ose gagne comme dirait mon père !!



Quelques jours après la ponction ovarienne de leur donneuse, Séverine nous a raconté son séjour en Espagne et a souhaité partager avec nous le résultat de cette tentative.

Nous sommes partis en Espagne mardi dernier avec nos doutes et beaucoup d’espoirs. Mon mari a fait son recueil le mardi matin (qui d’après les biologistes était « parfait ») à Bilbao et nous sommes partis passer 2 jours à San Sebastián en attendant le verdict. Nombre, jour de transfert etc... Nous étions inquiets, on en parlait beaucoup, va-t-on décider d’en mettre deux, combien aurons nous d’embryons, combien de blastocystes... ce que nous venions faire en Espagne était fou et nous étions en train de le réaliser, mais nous étions hyper confiants. Pour une fois ça allait sûrement marcher !!! On a réussi à profiter de notre journée, nous aimons les bons restaurants et en Espagne ils sont ouverts les midis et jusqu’à 20h les soirs, on a donc eu le plaisir de pouvoir se rassoir en terrasse pour les repas et les cafés ! On avait aussi choisi un bel hôtel, nous étions en « vacances » tous les deux autant en profiter.


Le lendemain du recueil de mon mari, toujours dans cet état d’esprit très positif (pour une fois) nous avons continuer de visiter la ville. A midi la clinique ma appelée :

-« Séverine c’est Véronique... »

-« Véronique qui? »

-« Véronique de la clinique de Bilbao et je n’ai pas de très bonne nouvelle »

-« ... »

-« Il n’y a aucun ovocyte fécondé ... »

-« ... »

Je n’ai pas pleuré, je ne me suis pas effondrée, j’ai demandé comment c’était possible, je lui ai dit que dans les 3 ponctions que j’avais faites moi-même, avec mes ovocytes, à priori de mauvaise qualité, 100% de mes ovocytes ponctionnés avaient fécondé avec les spermatozoïdes de mon mari et que ça ne pouvait pas venir de lui, d'autant que les biologistes lui avaient dit que c’était parfait. Elle m’a répondu que c’était très rare, qu’ils ne comprenaient pas et que la médecin me rappellerait plus tard pour en parler avec moi. Et nous avons raccroché. J’ai tout raconté à mon mari, nous étions abasourdis. Sous le choc...

Nous avions bien sûr envisagé l’échec, le don d’ovocytes ne marche pas à tous les coups. Nous étions prêts pour que les embryons ne se développent pas bien, pour que le transfert soit annulé ou pour que je fasse une prise de sang négative. Mais pas du tout à cette option là.


0 fécondé...


Mon mari m’a tout de suite dit, et il a raison, que c’était mieux comme ça, qu’il valait mieux s’arrêter là si c’était des ovocytes moyens plutôt que de me les transférer et d’y croire... Mais quand même... Moi j' ai pensé que la vie nous envoyait des signes. Stop, arrêtez de tenter de faire cet enfant à tous prix. Profitez de ce que vous avez. Vous êtes et vous resterez 3, point. Mais mon mari ne croit pas aux signes, pour lui c’est une épreuve de plus à vivre, un nouvel échec à surmonter et un peu plus d’attente encore. Mais rien de mystique. Nous l’attendons depuis 5 ans, c’est vrai que quelques mois ne changeront pas grand chose...


On est rentrés à l’hôtel pour réfléchir, 2 possibilités:

- rentrer plus tôt que prévu en France, et continuer de nous morfondre et de nous dire que la vie est vraiment injuste avec nous.

- ou rester et faire le programme que nous avions prévu, profiter de San Sebastián puis de Bilbao et nous dire que la vie certes ne nous facilitait pas la tâche mais qu’à ce petit jeu nous étions devenus plus forts et TRÈS patients!

Nous avons choisi l’option 2 et quand la médecin m’a rappelée à 16h nous étions à la table d’un super restaurant tous les deux, heureux et amoureux.


La médecin n’avait pas tellement d’explication, d’après elle ça ne viendrait pas de mon mari, ses spermogrammes sont parfaits il n’y a aucune raison. Mais c’est peu probable que ça vienne de la donneuse. j’ai appris à ce moment là qu’elle avait 21 ans et qu’il y avait 12 ovocytes ponctionnés. Elle m’a dit aussi que cette situation était très très rare, 3 cas depuis qu’elle bosse dans cette clinique... Bref on ne sait pas. Et sauf si cela se reproduit avec la donneuse ou avec mon mari on ne saura jamais à qui la faute. La clinique prend en charge cet échec (bien heureusement) et nous cherche une autre donneuse...


Nous avons réussi à profiter, à visiter, nous avons fêté mon anniversaire là bas dans un étoilé de Bilbao et je nous trouve très courageux... En racontant cette suite si inattendue je me dis que nous sommes sacrément costaud d’endurer tout ça. Moi qui avait peur de recommencer pour rencontrer l’échec à nouveau, et bien nous l’avons réaffronté et encore plus tôt que prévu! Il va falloir revoir les médecins en France leur dire que ça n’a pas marché, leur redemander de transcrire les ordonnances espagnoles en français, revoir pour pouvoir faire les échos demandées par l’Espagne du jour au lendemain en France, encore s’absenter de nos boulots. Mais comme on finit par se dire avec mon mari, nous n’avons jamais été si proche de la fin. Que l’issue de tout cela soit un bébé ou pas.


- 1 an d’essais naturels

- 2 ans de PMA à Poitiers (4 inséminations avec une fausse couche à 10 semaines sur la 2ème)

- 1 an de pause

- 1 an de PMA à Paris (4 inséminations sur cycle naturel)

- 1 tentative de FIV à Tours

- Le don d’ovocyte en Espagne...


Nous aurons tout tenté et tout affronté et nous n’aurons vraiment aucun regret!

Tant qu’on s’aime on continue!!



Podcasts à écouter

Pour découvrir le parcours de Séverine, nous vous conseillons l'épisode suivant :

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