Rechercher
  • Aurélie

Comment l'amitié peut-elle survivre entre une personne infertile et une hyperfertile ?

Mis à jour : sept. 25

Lorsqu’on souhaite devenir parents et que cela ne se passe pas comme prévu, on vit souvent mal les grossesses des autres. On a parfois envie de s’isoler de ceux pour qui tout se passe bien, pour qui tout est facile. Alors si en plus on a dans son entourage des personnes hyperfertiles, cela peut nous paraître injuste, indécent, scandaleux ! Oui, mais lorsque ce sont nos amis proches et qu’ils ont également besoin de parler de leur soucis, est-ce qu’il y a un moyen de pouvoir discuter ensemble de nos problèmes opposés ? Est-ce que l’on peut se comprendre ?



Cette situation Nellie et Anaïs l’ont vécue et elles ont eu la gentillesse de répondre à nos questions pour nous raconter l’impact de leurs problèmes de fertilité respectifs sur leur amitié.



Nellie, peux-tu nous raconter comment tu as rencontré Anaïs et à quel moment elle t’a parlé de son hyperfertilité ?


Nellie : J’ai rencontré Anaïs dans le cadre du travail, c’était l’autre petit contrat de la boutique dans laquelle je travaillais 15h par semaine. Je n’ai pas eu une très bonne première impression mais c’est souvent ça pour mes amitiés qui durent ! On a vite sympathisé autour d’un bon verre de vin et on s’est rendu compte que nos conjoints avaient été à l’école ensemble. Anaïs s’est vite confiée sur sa première grossesse avortée car elle ne s’en est jamais cachée. L'hyperfertilité est venue se greffer petit à petit, au fil des années, force est de constater que chez nous ça ne marchait pas et chez elle beaucoup trop bien.


Lors de ton parcours pour devenir maman est-ce que tu parlais de tes épreuves à Anaïs ? Est-ce que tu avais l’impression qu’elle pouvait te comprendre ?


Nellie : Anaïs a tout su dès le départ, on a arrêté la pilule le même mois. Alors qu’elle tombait enceinte au bout de trois jours, de mon côté j’avais un mauvais pressentiment. Elle a toujours su me comprendre et a toujours tout fait pour me protéger et m’épauler. Elle m’a accompagnée dans chaque étape de la PMA et avant même d’avoir le “diagnostic”, elle me proposait de faire un don d’ovocyte une fois que son petit garçon serait né, si jamais le problème venait de mon côté et qu’il fallait que l’on fasse appel à un don, tout ça pour qu’on attende le moins possible. C’est même elle qui a su en premier que j’étais enceinte !


Est-ce que tu arrivais à comprendre les problèmes auxquels elle était confrontée de son côté ?


Nellie : J’ai vraiment compris ses problèmes quand après sa première grossesse elle a de nouveau dû avorter car malgré la pilule elle était de nouveau enceinte et que ce n’était vraiment pas le moment. Elle a voulu me le cacher pour ne pas me rendre triste. Nous avons fini par en parler longuement, j’ai compris l’ampleur du problème ce jour là. Être tout le temps dans l’angoisse d’une grossesse non désirée, l’impact psychologique de l'avortement… Pour moi, elle est tout aussi forte que moi dans son parcours de maman car c’est une vraie difficulté que de tomber enceinte si facilement.


Est-ce qu'il y a eu des moments où tu lui en a voulu d'être hyperfertile ?


Nellie : Voulu ne serait pas le mot, mais oui je l’ai enviée à certains moments. J’aurais voulu prendre sa place ne serait ce qu’un mois pour avoir mon bébé moi aussi.


Est-ce que vos situations respectives ont eu un impact sur votre amitié ?


Nellie : Je pense que ça a renforcé notre amitié et qu’aujourd’hui on sait que l’on peut tout se dire même si nos vies respectives nous ont un peu éloignées. On mentira toujours en disant qu’on est sœurs pour s’accompagner à des rdv médicaux ! Je rêve qu’un jour on arrive à faire nos troisièmes bébés en même temps. Bon ce n’est pas au programme pour elle (elle a un merveilleux nouveau chéri en plus) mais qui sait ce que nous réserve la suite !


Est-ce que tu aurais des conseils à donner à des personnes qui se retrouveraient comme toi à gérer l'infertilité tout en ayant dans leur entourage proche un personne hyperfertile ?


Nellie : Être honnête, pas de non-dit, avoir du tact. S’écouter les unes les autres pour cumuler nos forces.



De ton côté Anaïs, quand et comment t'es-tu rendu compte que tu étais hyperfertile ?

Anaïs : A l’âge de 19 ans je suis tombée enceinte sous pilule, ce fut mon premier avortement. A 21 ans avec mon conjoint de l'époque nous avons décidé de faire notre premier enfant, je suis tombée enceinte le premier mois après l'arrêt de ma pilule. Puis ont suivi deux autres grossesses sous pilule que je ne pouvais et ne voulais pas garder et une cinquième grossesse désirée, à l’âge de 25 ans, qui nous a apporté notre deuxième enfant, une fois encore après un mois d'arrêt de pilule. Je me pensais différente et j’étais plutôt honteuse de cette situation jusqu’à ce que je rencontre une sage femme merveilleuse, qui m’a expliqué ce qu’était l’hyperfertilité, un terme plutôt tabou qui pourtant concerne un bon nombre de femmes. En plus d’être diagnostiquée hyperfertile, nous étions un couple hypercompatible...

Nellie nous explique que tu as initialement voulu lui cacher tes problèmes d'hyperfertilité, qu'est-ce qui t'a fait changé d'avis et t'a amené à en parler avec elle ? Est-ce que c'est un sujet dont tu parles assez facilement avec ton entourage ?

Anaïs : Nellie fait partie de mes meilleures amies, une sœur de cœur sur qui je peux compter quoi qu’il arrive. C’est une personne ouverte et pleine d'empathie, j’avais besoin de l’avoir près de moi pendant ces périodes compliquées. Elle m’a rassurée et j’ai fini par m’ouvrir à elle sur ce sujet un peu compliqué. Au final on souffre toutes les deux d’un problème aux antipodes mais qui pourtant nous a extrêmement rapprochées. Chacune à l’écoute de l’autre et avec un grand respect. Je suis plutôt ouverte sur ce sujet mais pour certains l’hyperfertilite reste un mythe, il est donc encore compliqué d’ouvrir les esprits de certaines personnes. J’ai souvent entendu que ce n’était pas un problème mais une chance, que je n’avais qu’à me protéger, que je ne devais pas prendre mon moyen de contraception comme il faut. J’ai même entendu de la part d’un médecin lors de mon premier avortement “quand on ne veut pas avoir d’enfant on s’abstient de rapports sexuels” .

Quand une personne infertile finit par avoir des enfants, ses soucis de fertilité peuvent être oubliés. Dans ton cas j'imagine que c'est quelque chose que tu dois toujours avoir à l'esprit, comment le vis-tu aujourd'hui ?

Anaïs : J’ai opté pour un stérilet après mon deuxième enfant, la méthode la “plus sûre” pour les femmes hyperfertiles d’après ma sage femme. Mais c’est toujours une épée de Damoclès au dessus de ma tête, je fais un test de grossesse tous les quatre mois environ pour être sûre, dès que j’ai le moindre doute. Je suis séparée du père de mes enfants et c’est un sujet dont j’ai parlé très vite avec mon nouveau conjoint.

Quels conseils peux-tu donner à quelqu'un qui côtoierait une personne hyperfertile et et souhaiterait la soutenir ?


Anaïs : De ne jamais sous estimer la souffrance que cela peut engendrer. L’hyperfertilité est un problème à part entière, l’avortement peut être un traumatisme, ce n’est jamais un choix facile ou un choix de confort. Un enfant non désiré peut être mal vécu, chaque personne a son histoire. Écoutez-la, accompagnez-la si besoin, soutenez-la mais surtout ne la jugez pas.


206 vues

©2020 by Alors C'est Pour Bientôt ?

  • ACPB sur Spotify
  • ACPB sur Google Play
  • ACPB sur Pocket Cast
  • Alors C'est Pour Bientôt sur Castro
  • Alors C'est Pour Bientôt sur Stitche
  • Alors C'est Pour Bientôt Soundcloud
  • Alors C'est Pour Bientôt sur Player
  • Alors C'est Pour Bientôt Overcast